Si San Remo séduit par son élégance côtière, ses casinos et son festival, un tout autre monde se cache à quelques kilomètres de son agitation urbaine. En s’enfonçant dans l’arrière-pays de la Riviera dei Fiori, le paysage change. Les palmiers laissent place aux oliviers centenaires et les boulevards s’effacent devant les carrugi, ces ruelles étroites et fraîches typiques de la Ligurie. Découvrir les villages médiévaux entourant la cité des fleurs permet de voyager dans le temps, entre récits de ducs, empreintes de peintres et légendes populaires.
Dolceacqua : le pont de Monet et l’héritage des Doria
À 22 kilomètres de San Remo, Dolceacqua est l’étape la plus emblématique de la vallée de la Nervia. Le village se divise en deux parties reliées par un pont médiéval spectaculaire, une arche unique de 33 mètres qui semble défier la pesanteur. Claude Monet, lors de son séjour en 1884, a qualifié cet ouvrage de « bijou de légèreté ».

En traversant le pont, on pénètre dans « Terra », le quartier historique. Les maisons hautes et étroites se serrent, créant un réseau complexe de passages couverts. En grimpant vers le sommet, on atteint le Château des Doria. Bien que partiellement en ruines, cet édifice offre un panorama sur les toits de lauzes et les collines plantées de vignes. Cette visite permet de saisir l’influence de la famille Doria, qui a dominé la région pendant des siècles.
Une halte gastronomique s’impose. Le village est le berceau du Rossese di Dolceacqua, le premier vin rouge de Ligurie à avoir obtenu l’appellation DOC. Ce vin aux notes de fruits rouges accompagne parfaitement les plats locaux. Pour la touche sucrée, cherchez les « Michette », de petits pains briochés dont l’histoire remonte à une légende liée à l’abolition du droit de cuissage, symbolisant la liberté retrouvée du village.
Bussana Vecchia : la renaissance par l’art
Situé à 10 kilomètres à l’est de San Remo, Bussana Vecchia occupe une place à part. Ce village est une résurrection. En 1887, un séisme a ravagé la localité, forçant ses habitants à l’abandonner pour fonder Bussana Nuova sur la côte. Pendant des décennies, le village est resté une ville fantôme, envahie par la végétation.
Dans les années 1960, une communauté internationale d’artistes a investi les ruines, les consolidant sans effacer les cicatrices du tremblement de terre. Ce choix esthétique a créé une atmosphère unique, où la structure médiévale fusionne avec des ateliers de céramique, des jardins suspendus et des galeries à ciel ouvert. Contrairement aux villages muséifiés, Bussana vibre d’une énergie créative brute. Chaque recoin est une installation, transformant la tragédie historique en une œuvre d’art habitable.
En flânant dans ses rues, vous remarquerez que les toitures manquent parfois, remplacées par des treilles de vigne ou des verrières. On y vient pour discuter avec les créateurs, assister à un concert improvisé sur la place de l’église décapitée ou admirer la vue sur la Méditerranée depuis les remparts effondrés.
Triora : mystères et frissons au pays des sorcières
Il faut s’enfoncer à 80 kilomètres de San Remo pour atteindre Triora. Perché à 800 mètres d’altitude dans la vallée de l’Argentina, ce village est surnommé le « Salem d’Italie ». Son histoire est marquée par les événements de 1587-1589, lorsqu’une famine a poussé les autorités locales à accuser un groupe de femmes de sorcellerie. Le procès qui a suivi demeure l’un des plus documentés de l’époque.
Aujourd’hui, Triora cultive cette identité avec fierté. Le Musée de l’Ethnographie et de la Sorcellerie permet de comprendre le contexte historique de ces procès tout en découvrant la vie rurale d’autrefois. Partout, des clins d’œil aux streghe ornent les portes et les boutiques. Au-delà du folklore, Triora impressionne par son architecture défensive massive, ses portes sculptées et ses églises baroques riches en fresques.
Triora est aussi une porte d’entrée vers le Parc Naturel Régional des Alpes Ligures. Les amateurs de randonnée y trouvent des sentiers menant vers les sommets frontaliers. Côté cuisine, ne manquez pas le Pane di Triora, un pain de campagne traditionnel à la croûte épaisse, idéal pour accompagner le Bruss, une crème de fromage de brebis fermenté au goût puissant, typique des alpages.
Apricale : le village perché qui défie le vide
Souvent classé parmi les « Plus Beaux Villages d’Italie », Apricale porte bien son nom, dérivé du latin apricus signifiant « exposé au soleil ». Construit sur une crête escarpée, le village semble suspendu au-dessus de la vallée. Sa structure est un exemple d’urbanisme médiéval ligure, où les maisons s’empilent pour former un rempart naturel.
Contrairement à beaucoup de villages perchés, Apricale possède une vaste place centrale, la Piazza Vittorio Emanuele II. C’est ici que se déroulent les fêtes et les représentations théâtrales en plein air durant l’été. Entourée par l’église de la Purification et le Château du Lézard, cette place offre un cadre théâtral unique.
Pour une immersion différente, le Visionarium 3D propose des projections documentaires sur la nature et les traditions de la région. C’est une halte rafraîchissante après avoir arpenté les montées abruptes du village. Apricale est aussi un lieu prisé des peintres, comme en témoignent les nombreuses fresques murales qui décorent les façades, racontant la vie quotidienne ou des épisodes historiques.
Conseils pratiques pour organiser votre excursion
Pour profiter pleinement de ces joyaux, la voiture est recommandée, car les liaisons en bus depuis San Remo sont parfois rares pour les villages reculés comme Triora. Voici un récapitulatif pour choisir votre itinéraire :
| Village | Distance | Atout principal | Spécialité |
|---|---|---|---|
| Bussana Vecchia | 10 km | Art et ruines | Atmosphère bohème |
| Dolceacqua | 22 km | Pont et château | Vin Rossese |
| Apricale | 28 km | Architecture suspendue | Pansarole |
| Triora | 80 km | Histoire et montagne | Pain et Bruss |
La meilleure période pour visiter l’arrière-pays s’étend de mai à octobre. Le printemps offre une floraison spectaculaire, tandis que l’automne est idéal pour les amateurs de gastronomie, notamment pour les champignons et les vendanges. En été, l’altitude offre une pause fraîcheur bienvenue par rapport à la chaleur du littoral. Prévoyez des chaussures confortables : les pavés des carrugi sont polis par les siècles et peuvent être glissants.