Située dans la province de Lecce, Galatina est une ville de 27 000 habitants qui préserve l’identité profonde des Pouilles. Souvent éclipsée par sa voisine, la cité offre un patrimoine riche en histoire religieuse, en architecture baroque et en traditions populaires. Entre ses fresques médiévales comparables à celles d’Assise et l’invention du célèbre pasticciotto, Galatina se découvre avec lenteur, loin de l’agitation touristique des côtes.
Le patrimoine sacré et les fresques de Santa Caterina d’Alessandria
La Basilique Santa Caterina d’Alessandria constitue le monument majeur de la ville. Classée monument national, cette église représente l’un des rares exemples d’architecture gothique dans une région marquée par le baroque. Sa façade sobre dissimule un intérieur exceptionnel.

La « Petite Assise » du sud de l’Italie
Dès le seuil franchi, les murs et les voûtes révèlent une explosion de couleurs. Chaque surface est recouverte de fresques datant de la fin du XIVe et du début du XVe siècle. Ce cycle pictural, commandé par la famille Orsini del Balzo, rappelle la basilique de Saint-François d’Assise. Les scènes bibliques s’enchaînent avec une précision narrative, illustrant l’Apocalypse, la Genèse et la vie de Sainte Catherine. L’influence des écoles de Giotto et de Galasso Galassi fait de ce lieu un conservatoire unique de la peinture médiévale en Italie méridionale.
Le cloître et les détails architecturaux
Le cloître du monastère attenant mérite une visite. Ses arcades abritent des fresques du XVIIIe siècle, contrastant avec la rigueur médiévale de la nef. La finesse des détails ornementaux témoigne de la prospérité passée de la ville. La structure globale de l’édifice, mélangeant éléments romans et gothiques, raconte l’histoire d’une cité qui fut un carrefour culturel entre l’Orient byzantin et l’Occident latin.
Entre mythe et musique : le berceau du tarentisme
Galatina occupe une place centrale dans l’ethnographie italienne. C’est ici que le phénomène du tarentisme, rituel de guérison mêlant croyances païennes et dévotion chrétienne, a perduré. Cette tradition a donné naissance à la Pizzica, danse rythmée présente aujourd’hui dans tous les festivals des Pouilles.
La chapelle Saint-Paul et le rituel de la morsure
La légende raconte que les femmes travaillant dans les champs étaient mordues par une tarentule. Pour évacuer le venin, elles entraient dans une transe convulsive apaisée par la musique. La chapelle de Saint-Paul, située près de la place principale, servait de point de ralliement à ces « tarentulées ». On attribuait des vertus curatives à l’eau du puits de la chapelle. Chaque 29 juin, lors de la fête de Saint Pierre et Saint Paul, Galatina devenait le théâtre de scènes de transe collective.
Une fonction sociale et psychologique profonde
Au-delà du folklore, le tarentisme répondait à une nécessité pour les populations rurales. Dans une société agraire rigide où les femmes subissaient des pressions sociales intenses, ces crises de transe offraient une libération émotionnelle. Le rituel agissait comme une soupape, permettant d’exprimer publiquement une souffrance intérieure. En transformant le mal-être en danse et en musique, la communauté intégrait la douleur individuelle dans un cadre collectif. Cette dimension thérapeutique, étudiée par l’anthropologue Ernesto de Martino, explique la survie de cette tradition dans le Salento profond.
Flânerie architecturale dans le centre historique
Le centre ancien de Galatina, ou « borgo antico », est un dédale de ruelles pavées où la pierre de Lecce prend des teintes dorées au coucher du soleil. Contrairement à d’autres villes de la région, Galatina a conservé une structure urbaine cohérente, ponctuée de palais nobles et de portes monumentales.
Les portes historiques et les remparts
L’accès au cœur historique s’effectue par des portes marquant les limites de la cité fortifiée. La Porta Luce, reconstruite au XVIIIe siècle, affiche une élégance baroque. Plus ancienne, la Porta Nuova (ou Porta San Pietro) porte les armoiries de la ville : une couronne et deux clés, symbolisant le lien avec la papauté. Enfin, la Porta Cappuccini rappelle l’importance des ordres monastiques dans le développement de la cité. Se promener entre ces points permet de comprendre l’organisation défensive médiévale de Galatina.
Les palais et la Chiesa Madre
Au détour des rues, des façades arborent des balcons en fer forgé et des mascarons grotesques. Le Palazzo del Concerto et le Palazzo Scrimeri illustrent la maîtrise des tailleurs de pierre locaux. Au centre de la ville trône la Chiesa Madre di San Pietro e Paolo. Construite au XVIIe siècle, elle présente une façade baroque imposante. À l’intérieur, les toiles de peintres locaux et les autels richement décorés témoignent de la ferveur religieuse et de la prospérité des familles aristocratiques galatinaises.
Gastronomie : l’invention du pasticciotto leccese
Une visite à Galatina exige une halte gourmande. La ville revendique la paternité du pasticciotto, pâtisserie devenue l’emblème du Salento. Ce gâteau de pâte sablée fourré à la crème pâtissière se déguste traditionnellement chaud, au petit-déjeuner.
| Ingrédient / Caractéristique | Détail Traditionnel | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| Pâte sablée | Utilisation de saindoux (strutto) | Donne une texture friable et fondante unique. |
| Garniture | Crème pâtissière onctueuse | Le contraste thermique avec la pâte chaude est essentiel. |
| Origine | Pasticceria Ascalone (1745) | Une institution familiale qui perpétue la recette. |
| Dégustation | Sorti du four | Les arômes de vanille et de citron s’expriment mieux. |
La Pasticceria Ascalone, une étape obligatoire
Située près de la Chiesa Madre, la pâtisserie de la famille Ascalone a vu naître cette spécialité en 1745. Nicola Ascalone, cherchant à utiliser des restes de pâte et de crème, aurait créé ce gâteau « raté » (pasticciotto). La boutique a conservé son décor d’époque. Commander un pasticciotto ici constitue un pèlerinage culinaire. La recette, transmise au fil des générations, se distingue par la finesse de sa croûte et l’équilibre de sa crème, loin des versions industrielles.
Vins et saveurs du terroir
Galatina est entourée de vignobles réputés. La ville donne son nom à une appellation (DOC Galatina) produisant des rouges puissants à base de Negroamaro et des blancs frais issus du Chardonnay. Dans les trattorias locales, il faut goûter aux « ciceri e tria » (pâtes aux pois chiches) ou aux « pezzetti di cavallo », ragoût de viande de cheval typique de la cuisine paysanne du Salento. Ces plats reflètent l’authenticité d’une terre qui a préservé ses racines.
Conseils pratiques pour organiser votre visite
Galatina bénéficie d’une position centrale dans la péninsule salentine, à 25 kilomètres au sud de Lecce. Son accès est aisé, en voiture ou via les transports locaux.
Accès en voiture : Depuis Lecce, suivez la route nationale SS476. Le trajet dure 25 minutes. Le stationnement est possible autour du centre historique, en évitant les zones de trafic limité (ZTL).
Accès en train : La ligne Ferrovie del Sud Est (FSE) relie Lecce à Galatina. C’est une option économique, bien que les horaires soient parfois restreints le week-end.
Meilleure période : Le mois de juin est idéal, avec les festivités de la Saint-Paul le 29 juin. Le printemps et l’automne offrent des températures douces, propices à la marche.
Durée de visite : Prévoyez une journée complète pour explorer la basilique, le centre historique et profiter d’une pause gastronomique.
En choisissant Galatina, vous optez pour une immersion dans une Italie sincère. C’est une ville qui ne se livre pas immédiatement, mais qui récompense ceux qui prennent le temps d’observer ses balcons baroques ou de s’asseoir à la terrasse d’un café. Entre la splendeur de ses fresques et la ferveur de ses traditions, elle demeure l’un des secrets les mieux gardés des Pouilles.
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