Publié par : Éloïse Després-Lavergne — Rédactrice spécialisée en voyage
Përmet, petite ville d’environ 10 000 habitants nichée dans le sud de l’Albanie, mérite mieux qu’un arrêt-photo entre Gjirokastër et la Grèce. Elle offre en un même lieu des sources sulfureuses, un canyon, une rivière réputée comme la dernière rivière sauvage d’Europe et des tables où l’on vous sert un fruit confit en signe de bienvenue. Voici ce qu’il faut y voir, quand y aller et comment s’y prendre sans mauvaise surprise.
Ce qui fait l’identité de Përmet : roses, pierre et légende
La ville des roses, verte et réputée propre
Përmet est surnommée la ville des roses, et on la dit aussi la plus verte et la plus propre d’Albanie. Les jardins fleurissent surtout en mai-juin, ce qui donne à la ville un air de ville-jardin, loin de l’agitation des grands sites touristiques. Sa surface urbaine ne dépasse pas 120 ha : tout se fait à pied, et c’est précisément ce qui en fait une étape de slow travel.
La Grande Pierre et la légende de Premt
Au-dessus des toits se dresse la Grande Pierre, un rocher que l’on rejoint à pied pour embrasser toute la vallée. Le nom de la ville renvoie à la légende du héros Premt. Les versions divergent (ennemis, Ottomans, ou encore sa fille Aleksandra dans la plus répandue), mais toutes font de la pierre le témoin d’un récit fondateur. Côté patrimoine, on peut aussi visiter l’église Saint-Nicolas, fondée en 1757 et rénovée en 1967, et la maison des frères Frashëri, classée monument de première catégorie. Ces trois frères, Naim, Abdyl et Sami, ont marqué la Renaissance nationale albanaise.
Un peu d’histoire pour comprendre la ville
Përmet comptait environ 40 maisons dans les années 1430 et 136 au XVIe siècle. Elle a connu la période ottomane, la révolte de 1833, les réformes du Tanzimat en 1841, puis l’ouverture d’une école de filles grecque en 1882 et d’une première école albanaise au début des années 1890. Plus près de nous, le Congrès de Përmet du 24 mai 1944 y a laissé une empreinte politique durable.
Bënjë, Langarica et la Vjosa : le cœur nature
Les sources thermales de Bënjë
À environ 14 km de la ville, les sources de Bënjë (Llixhat e Bënjës) jaillissent de failles tectoniques de part et d’autre du canyon de Langarica. L’eau est sulfureuse et tiède, entre 22 et 28 °C. Le bassin principal est artificiel, et de petits bassins se succèdent en amont. Le fond est rocailleux : des chaussures d’eau sont utiles. Pour éviter la foule, venez tôt le matin et évitez l’été, quand les visiteurs se pressent aux bassins.
Sur le tarif, les sources divergent : certains voyageurs parlent d’un accès gratuit, d’autres d’environ 2 à 3 €. Prévoyez donc quelques euros en monnaie, vous serez fixé sur place.
Le canyon de Langarica et le pont de Katiu
Le canyon, dont la hauteur varie de 30 à 150 m, commence à environ 200 m des bassins. On le remonte à gué dans le lit de la rivière, avec des chaussures adaptées et en surveillant la météo. À environ 8 km de Përmet, le pont de Katiu, ottoman, à une seule arche, est dit pont d’Ali Pacha. Attention : la pierre est glissante et il n’y a pas de rambarde. Il fait partie des environ deux douzaines de ponts ottomans que compte l’Albanie.
Rafting sur la Vjosa
La Vjosa a été reconnue en 2023 comme premier parc national de rivière sauvage d’Europe. Une descente d’environ 12 km se pratique dès 35 € la demi-journée. Les débutants sont les bienvenus d’avril à juin, quand la fonte des neiges donne un débit généreux. Kayak et randonnée complètent l’offre.
Un conseil qui change la lecture du paysage : regardez la rivière comme la ligne d’horizon de toute la vallée. Les failles qui chauffent les sources, le canyon creusé par la Langarica, le débit qui fixe la saison de rafting et même les ponts ottomans, bâtis là où l’eau se franchit, découlent de ce même cours d’eau. Comprendre cette logique aide à organiser sa journée : on commence au pont tôt le matin, puis on remonte le canyon, et on garde l’eau tiède des bassins pour la fin, quand les jambes sont fatiguées.
Gliko, raki et vins : se mettre à table
Le gliko est un fruit confit offert en signe de bienvenue : l’accepter fait partie du rituel d’hospitalité, la fameuse besa. Le raki, eau-de-vie de raisin ou de mûres, l’accompagne souvent. Le terroir produit aussi des vins locaux à base de cépages comme le shesh i zi et le debin. Le marché du samedi est l’occasion de goûter et d’acheter sur place, et le festival du vin se tient fin septembre. Parmi les adresses citées par les voyageurs, le restaurant Antigonea est recommandé par le Petit Futé. Les tables paysannes et les guesthouses tenues en famille sont aussi une très bonne manière de goûter la cuisine du pays.
Quand partir et comment s’y rendre
La bonne saison
Mai-juin et septembre-octobre sont les périodes idéales : roses, rafting en début de saison, vendanges et festival du vin ensuite. Le climat est de type Csa, avec 14,1 °C de moyenne annuelle et 1 333 mm de précipitations. Les étés atteignent 28 à 32 °C et attirent plus de monde aux sources.
Depuis Tirana, Gjirokastër ou la Grèce
| Départ | Distance ou durée | À savoir |
|---|---|---|
| Tirana | 220 km, environ 5 h en bus | Départs toutes les deux heures de 12h30 à 17h |
| Gjirokastër | 60 à 70 km, environ 1 h | Étape logique d’un circuit dans le sud |
| Sarandë | 94 km | Accès côté littoral |
| Athènes | 7 à 8 h en bus | La frontière grecque est à environ 30 km |
La voiture reste le moyen le plus confortable pour rejoindre Bënjë, Langarica et Leusa. La route de montagne depuis Ersekë est en mauvais état : prévoyez du temps et évitez de la conduire de nuit.
Dormir, budget et erreurs à éviter
Où dormir selon son budget
Les guesthouses familiales coûtent de 15 à 30 € la nuit, les boutique-hôtels de 60 à 120 € et les lodges à partir de 150 €. L’hôtel Kaso Ervehe, villa en pierre restaurée, démarre à 50 € la nuit. Réservez en été, période la plus fréquentée.
Les réflexes qui évitent les mauvaises surprises
- Prévoir du liquide : les distributeurs sont rares, et les petits sites comme les sources se règlent en espèces.
- Chaussures d’eau : fond rocailleux aux bassins, lit de rivière dans le canyon.
- Église de Leusa : à 2 km de la ville, 30 à 40 min de marche ou en 4×4. Il faut demander la clé au prêtre pour entrer.
- Pont de Katiu : traversée prudente, pierre glissante et pas de rambarde.
- Durée : comptez au moins deux jours pour combiner la ville, Bënjë et un créneau de rafting.
Përmet fonctionne très bien comme étape entre Gjirokastër, Tepelenë et Berat, mais elle justifie aussi un séjour à elle seule pour qui aime la nature et le rythme lent.







